Des roses mystérieuses !

6/8/2016

Mission jusqu’au bout.

Nous toutes nous savons que chaque événement heureux ou malheureux de nos vies, s’il est vécu avec le Seigneur, devient  un chemin de croissance… C’est ainsi que chaque service en Haïti, chez les amérindiens du canada, dans l’Institut ou ailleurs m’a amenée à des expériences nouvelles, à des dépassements nouveaux, à grandir...

Je vous résume la dernière «expérience»! Tout a commencé en octobre 1991 alors que je travaillais toujours au diocèse de Trois-Rivières. J’avais préparé un dossier sur les psaumes du dimanche, pour les personnes intéressées à donner des cours de bible dans leur paroisse respective : curé-agent de pastorale- laïc engagé. Parmi les acheteurs était un curé de campagne qui m’a ensuite invitée pour un repas chez-lui, afin de discuter du succès de ses rencontres dans son milieu et par le fait même à visiter ses 4 paroisses. Il avait déjà fait un infarctus il y a quelques années et ses forces déclinaient. Il voulait de l’aide. J’ai accepté le rendez-vous car quelque part un futur travail en paroisse m’intéressait…

Et en février 1992 je commençais mon travail pastoral à 3 jours semaine, dans deux de ses paroisses, dont St Léopold de Hervey-Jonction…

En octobre 1993, un deuxième infarctus l’obligeait à prendre sa retraite. Il ne garda que St-Léopold, qu’il me confia. Il y faisait le ministère les fins de semaine et je compensais par la présence aux comités divers, à des préparations liturgiques, au Bulletin paroissial, au cimetière, au secrétariat paroissial avant les messes, la comptabilité, etc… J’avais aussi depuis peu 2 groupes de Volontaires. J’étais même sa ménagère et sa secrétaire, lors de sa présence.  Je le faisais avec joie car cela lui permettait d’assumer sa tâche en toute  confiance et de se sentir en sécurité.

L’abbé Beaubien était un homme qui savait faire confiance et déléguer. Il était aussi un homme de prière et à ses côtés je me sentais bien…

Le 23 juin 2015, parti faire un tour de bicyclette il n’est pas revenu, lui d’habitude si ponctuel… J’ai envoyé un voisin vérifié s’il n’avait pas de problème de crevaison, il est rentré  pour me dire plusieurs minutes plus tard qu’on tentait de le réanimer sur le bord de la route. J’ai accouru interrompant leurs efforts car il avait demandé de ne pas être réanimé si cela lui arrivait : Il avait 86 ans… Mais il était déjà mort depuis environ 15 minutes…

Devinez la suite : Ambulance, police, choc personnel et paroissial puis préparation des funérailles  et présence aux gens pour vivre leur deuil. Suite à cela, Monseigneur  l’Évêque me nomma responsable de la paroisse et des suites à donner.  Que faire? Comment faire?

Une enquête diocésaine d’il y a 15 ans environ, nous avait déjà permis certains diagnostics pour notre milieu. Mais,  il fallait que les gens décident par eux-mêmes! Avec l’aide d’intervenants du diocèse nous avons entrepris une nouvelle  consultation de la famille paroissiale, des réflexions diverses sur les «pour» et les «contre», sur l’état des finances ou des réparations à venir, sur les disponibilités du clergé diocésain, etc… Finalement il y eut un premier vote à main levée puis de nouvelles réflexions et des prières communautaires… Enfin,  nous avons fait une dernière réunion pour un vote décisif : fermer ou ne pas fermer la chapelle???

Comme nous sommes près de deux églises, que les prêtres sont rares et que notre petite population vieillit de plus en plus, que des réparations importantes seront nécessaires dans le  futur, les paroissiens ont opté pour la fermeture définitive puis de se joindre à l’église voisine de leur choix. Au moment opportun nous ferions une messe de fermeture. Au Conseil de Fabrique nous avons entériné le vote et envoyé une résolution à notre évêque. Que d’émotions! Un nouveau deuil s’annonçait…

Je voulais que les gens vivent cette deuxième étape dans la sérénité… Quitter l’église où depuis près de 80 ans  des mariages, funérailles, baptêmes, célébrations diverses se sont succédés, c’est difficile, très difficile… La voir démolie, ne plus voir le clocher, ne plus voir leur lien d’appartenance au détour de la route, ne plus s’y recueillir, c’est un deuil pénible. L’Esprit m’a inspiré de leur proposer un projet.

J’ai remis à chacun une feuille  de couleur de 22 cm. avec 3 questions… sur le tracé d’un pétale de rose : 1. Mes plus beaux souvenirs dans notre petite église2. Les peines que j’y ai vécu et celle que je vis présentement face à sa fermeture... 3. Si je pouvais parler une dernière fois à mon curé (il les a accompagné pendant près de 50 ans) je lui dirais ceci : Ex : La fois que…  ou merci de… ou

J’ai expliqué aux gens que je ferais un bouquet de fleurs avec leurs réponses : il sera gros ou petit. À eux de décider… J’ai reçu environ 60 réponses que j’ai compilées par couleur. Il me fallait trouver un moyen de travailler ce papier assez rigide, sans le déchirer. Après plusieurs tentatives sur du papier brouillon j’ai réussi à faire ce magnifique bouquet. Il fallait 7 pétales pour une rose. La balance a servi à faire des boutons de fleurs. Puis, j’ai pensé à leurs morts… Une fleur contenait tous les noms des gens du cimetière paroissial. Ce bouquet réunissait donc toute la vie paroissiale des 50 dernières années. C’était eux qui étaient sur telle ou telle pétale…c’étaient leurs morts qui étaient sur la rose blanche!

À la messe de fermeture le mardi 17 mai dernier, ces fleurs formaient un énorme et magnifique  bouquet. Les retailles des pétales ont servi à la cérémonie pénitentielle du début de la messe et les fleurs ont été offertes à l’offertoire. Une étole que j’avais brodée il y a quelques années, entourait le pot pour représenter les anciens curés.

Même sur semaine, l’église était presque totalement pleine et les gens ont chanté avec cœur, guidés par leur livret souvenir. Monseigneur l’évêque officiait aidé des 2 prêtres voisins. La prière universelle a réuni tous les «mercis» que je voulais dire aux gens et avec eux… À la fin de la messe, Monseigneur a lu le décret de désacralisation de l’église comme lieu de culte.

Un magnifique signet représentant en résumé de  la vie de leur petite église a été enroulé autour d’une lampe de 6 jours et remise en souvenir à chaque maison. Un goûter sur place a complété le tout. Les gens sont restés à regarder, parler, se rappeler, prendre des photos… Quelle magnifique et sereine soirée même si elle était empreinte de nostalgie et de quelques larmes…

Ce temps de deuil et de présence avec les gens de cette  Communauté Chrétienne, depuis près de 25 ans, et surtout la dernière année, m’a fait davantage approfondir l’écoute, l’accueil, la patience face à tous les contretemps de la fermeture totale d’une église. Et j’apprends encore à expliquer, réexpliquer des délais à ceux et celles que j’accompagne et qui sont fatigués... Je réalise encore plus comment mon cheminement antérieur et mes 5 attitudes de vie m’ont préparé à ce vécu avec eux.  

Malgré la fatigue et la lassitude de certains jours, je sens une paix profonde qui ne peut venir que du Seigneur. SVP, accompagnez-nous de vos prières pour ces «derniers milles».

 

Région Amérique du Nord est.
Marie-Thérèse G. agente de pastorale et Présidente d’Assemblée,
à Saint Léopold de Hervey-Jonction, diocèse de Trois-Rivières…